Le 7 mai 2026, la Cour de cassation a condamné un couple d’acquéreurs à verser 150 000 € à une agence immobilière qu’ils n’avaient jamais mandatée. L’affaire met en lumière un risque souvent ignoré des acheteurs. Acheter en direct après une visite organisée par un professionnel peut être qualifié de faute, même en l’absence de tout contrat signé avec lui. Dans un marché parisien où les négociations de gré à gré entre vendeurs et acheteurs restent courantes, cette décision mérite une lecture attentive.

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Que dit exactement l’arrêt du 7 mai 2026 ?
L’affaire porte sur la vente d’une villa affichée à 2,9 millions d’euros, confiée à une agence sous mandat non exclusif avec une commission de 6 % à la charge de l’acquéreur. L’agence organise une visite en avril 2018. Cinq semaines plus tard, les acheteurs signent directement avec le vendeur pour 2,5 millions d’euros, sans l’agence, et donc sans commission.
La troisième chambre civile de la Cour de cassation (arrêt n° 284 FS-B, pourvoi n° 24-10.637, publié au Bulletin) rejette l’argument des acquéreurs selon lequel l’absence de contrat avec l’agence les exonère de toute obligation à son égard. La Haute juridiction confirme une jurisprudence posée dès 2008 par l’Assemblée plénière (Cass. Ass. plén., 9 mai 2008, n° 07-12.449) : un acheteur qui prive volontairement un agent immobilier de sa rémunération par un comportement fautif peut en répondre sur le terrain de la responsabilité civile délictuelle.
Le fondement est l’article 1240 du Code civil : tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. Pas besoin de mandat, il suffit de démontrer la faute, le préjudice et le lien de causalité.
À retenir – Un acquéreur peut être condamné à indemniser un agent immobilier comme un chasseur immobilier même s’il n’a rien signé avec lui, dès lors qu’un comportement fautif caractérisé prive ce professionnel de sa commission.
Pourquoi cet arrêt n’est pas une nouveauté, mais un avertissement utile
La décision du 7 mai 2026 ne crée pas de droit nouveau. Elle confirme et précise une règle déjà ancienne, en identifiant les indices concrets qui permettent aux juges de distinguer une négociation légitime d’une manœuvre délibérément organisée contre l’intermédiaire. Pour la première fois avec autant de netteté, la Cour dresse un faisceau de quatre éléments qui, réunis, caractérisent la fraude.
1. La connaissance préalable de la commission
Les acheteurs savaient que l’agence percevrait 6 % du prix à leur charge. Cette information figurait dans le mandat, dont ils avaient pris connaissance avant la visite. Difficile, dès lors, de plaider la bonne foi.
2. Une clause révélatrice dans le compromis
Le compromis signé directement entre vendeur et acquéreurs comportait une stipulation par laquelle ces derniers s’engageaient à couvrir tout recours éventuel d’une agence immobilière. Pour les juges, une telle clause ne s’invente pas. Elle trahit la conscience d’avoir contourné un intermédiaire.
3. La disparition de cette clause dans l’acte authentique
La même clause, présente dans le compromis, avait disparu lors du passage chez le notaire. La Cour y voit une tentative délibérée de dissimuler l’intervention initiale de l’agence. Ce détail, à lui seul, est particulièrement lourd de conséquences.
4. Un délai très court entre visite et vente
Cinq semaines séparent la visite organisée par l’agence de la signature de la promesse de vente en direct. Ce calendrier serré renforce la lecture des juges. Les acquéreurs n’ont pas découvert ce bien par un autre canal, ils ont exploité la mise en relation fournie par le professionnel avant de l’évincer.
À retenir – Aucun de ces indices, pris isolément, ne suffit. La Cour raisonne sur un faisceau. C’est leur combinaison qui fonde la condamnation.
Pour aller plus loin, consultez notre article : Quelles sont les erreurs à éviter lorsqu’on achète un bien immobilier ?
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Ce que ça change pour les acheteurs
Acheter en direct reste possible, mais sous conditions
Il n’existe aucune interdiction d’acquérir un bien immobilier sans passer par une agence ou un chasseur immobilier. Un vendeur peut décider de se séparer d’un intermédiaire, un acheteur peut découvrir un bien via une annonce de particulier, un autre professionnel ou son réseau personnel. Ces situations ne posent aucun problème juridique.
Le risque apparaît dans une configuration précise : l’acheteur a visité le bien grâce à l’agence ou au chasseur immobilier, bénéficié de son travail de mise en relation, puis traité directement avec le vendeur pour économiser les honoraires, en sachant pertinemment que l’agence comme le chasseur immobilier attendait une rémunération.
Les comportements qui exposent à une action en justice
- Signer un compromis directement avec le vendeur dans les semaines qui suivent une visite organisée par un agent immobilier
- Accepter une clause prévoyant la prise en charge de toute réclamation de l’agent immobilier (l’existence même de cette clause constitue un aveu potentiel)
- Négocier une réduction du prix en faisant valoir que les honoraires de l’agent immobilier seraient économisés
- Ne pas être en mesure de justifier par quel canal le bien a été découvert de manière autonome, postérieurement à la visite
Ce qui reste protégé
La liberté de négocier le prix demeure entière. Un acheteur peut formuler une offre inférieure au prix affiché, faire jouer la concurrence entre agents immobiliers, ou décider de ne plus donner suite à une visite. Ce que l’arrêt sanctionne, c’est uniquement le comportement frauduleux, celui qui consiste à utiliser le service d’un intermédiaire tout en organisant activement son éviction.
À retenir – Négocier est légitime, contourner est risqué. La frontière passe par l’intention et par les traces laissées dans les actes.
Ce que ça change pour les vendeurs
L’arrêt cible en priorité l’acquéreur, mais les vendeurs ne sont pas à l’abri. Tout propriétaire qui confie un mandat de vente, même non exclusif, reste lié par ses obligations envers l’agent immobilier tant que ce mandat est en vigueur. Conclure une vente en direct avec un acheteur que l’agent immobilier a présenté expose le vendeur à une action en responsabilité contractuelle. Dans certains cas, vendeur et acquéreur peuvent être condamnés conjointement.
La tentation du « deal sans frais d’agence » entre propriétaire et acheteur qui se sont rencontrés via un professionnel est donc une prise de risque juridique réelle, surtout lorsque la transaction laisse des traces documentées.
Ce que ça change pour les chasseurs immobiliers
La situation d’un chasseur immobilier comme Des Murs à Paris est structurellement différente de celle d’une agence mandée par le vendeur. Le chasseur travaille pour l’acquéreur, lui facture ses honoraires directement, et son mandat est conclu avec lui, non avec le vendeur.
Cette architecture contractuelle élimine le type de risque décrit dans l’arrêt du 7 mai 2026 : il n’y a pas de commission vendeur-agence à contourner puisque c’est l’acquéreur lui-même qui a missionné le professionnel.
En revanche, l’arrêt rappelle indirectement pourquoi l’intermédiation professionnelle reste une protection pour l’acheteur. Tracer les étapes d’une recherche, documenter les visites, formaliser les négociations sont autant d’éléments qui, en cas de litige ultérieur, établissent clairement la chronologie et les responsabilités de chacun.
Vous envisagez d’acheter à Paris ? Chez Des Murs à Paris, nous travaillons exclusivement pour les acquéreurs. Notre mandat est conclu avec vous, nos honoraires vous sont facturés directement, et notre mission est de trouver le bien qui correspond à votre projet, off-market ou en vente classique, dans les meilleures conditions. Cette architecture garantit une transparence totale sur les intérêts en jeu.

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FAQ - Les questions fréquemment posées
Un acquéreur peut-il être condamné à payer une commission sans avoir signé de mandat avec l’agence ?
Oui. La Cour de cassation l’a confirmé le 7 mai 2026 (3e civ., n° 24-10.637). Sur le fondement de l’article 1240 du Code civil, un acheteur dont le comportement fautif prive un agent immobilier de sa rémunération peut être condamné à réparer ce préjudice, même sans lien contractuel direct. La responsabilité délictuelle ne nécessite pas de contrat, elle exige une faute, un dommage et un lien de causalité. Dans l’affaire jugée, le préjudice retenu correspondait à la commission contractuellement prévue dans le mandat, soit 150 000 €.
Le simple fait de visiter un bien avec une agence puis d’acheter en direct crée-t-il un risque juridique ?
Pas automatiquement. La visite seule ne suffit pas à caractériser une fraude. Ce qui expose à une condamnation, c’est le faisceau d’indices : connaissance préalable de la commission, clause de garantie anti agence dans le compromis, disparition de cette clause dans l’acte authentique, délai très court entre visite et signature directe.
Réunis, ces éléments traduisent une intention délibérée d’évincer l’intermédiaire et c’est cette intention que les juges sanctionnent.
Qu’est-ce que le bon de visite, et pourquoi est-il important ?
Le bon de visite est le document signé par l’acquéreur lors de la visite d’un bien présenté par une agence. Il atteste que l’acheteur a découvert le bien par l’intermédiaire de cette agence et précise généralement les conditions de la commission.
Légalement non obligatoire, il est devenu en pratique la pièce maîtresse de tout contentieux de commission immobilière : sans lui, prouver la mise en relation est difficile. Avec lui, l’agence dispose d’un point de départ solide pour démontrer son rôle dans la transaction.